Dashboard Web PLC : exploiter les serveurs web natifs des automates
Dans les usines et les ateliers industriels, le besoin de visualiser les variables de production en temps réel sur une tablette ou un écran tactile sans investir dans une licence SCADA lourde s’est imposé. Les automates programmables modernes ne se contentent plus d’exécuter des cycles d’automatisme. Ils intègrent désormais des capacités de communication issues du monde web. En exploitant le serveur web natif présent dans l’unité centrale, les ingénieurs et techniciens peuvent déployer une interface d’exploitation accessible directement depuis un simple navigateur.
Pourquoi basculer vers une visualisation web locale ?
La supervision classique repose sur un poste de commande dédié ou une licence SCADA coûteuse, souvent surdimensionnée pour des besoins de simple consultation ou de réglage poste par poste. Un dashboard HTML5 hébergé sur le contrôleur offre une alternative économique et légère.
Cette approche apporte plusieurs avantages opérationnels majeurs. L’accès aux données s’effectue depuis n’importe quel équipement doté d’un navigateur web (tablette durcie, smartphone d’intervention, PC d’atelier ou moniteur industriel). Aucun logiciel client n’est nécessaire sur l’appareil de l’opérateur. De plus, la maintenance est centralisée : toute modification graphique ou fonctionnelle appliquée sur le serveur de l’automate est immédiatement disponible pour l’ensemble des utilisateurs connectés.
Les protocoles d'échange : du templating à l'API REST
Pour afficher des valeurs dynamiques issues du programme automate, deux grandes architectures logicielles coexistent sur les contrôleurs industriels.
CODESYS WebVisu – Exemple dashboard (© community.boschrexroth.com)
La première méthode utilise des balises de templating intégrées aux pages HTML. L’automate analyse le code source avant de transmettre la page au client web et remplace les balises propriétaires par la valeur instantanée des variables. Cette méthode convient aux affichages statiques, mais elle génère un trafic réseau inutile dès que le volume de données augmente.
La seconde méthode, beaucoup plus fluide, repose sur le découplage entre l’interface graphique et les données. L’interface repose sur du code JavaScript standard qui interroge régulièrement le contrôleur via une API REST ou un endpoint JSON-RPC. L’automate renvoie les valeurs sous la forme d’un objet structuré. Le navigateur met à jour le DOM sans rafraîchir l’intégralité de la page web.
Panorama des fonctionnalités par constructeur
Les principaux fabricants du marché intègrent ces technologies avec des nuances d’implémentation qu’il convient de connaître lors de la phase de conception.
Chez Siemens, la gamme de processeurs S7-1200 et Siemens S7-1500 propose une API Web basée sur le protocole JSON-RPC. En envoyant des requêtes POST structurées vers le point d’accès du serveur, les développeurs d’interface récupèrent les blocs de données (DB) au format JSON. Pour des besoins plus simples, la syntaxe AWP (Automation Web Programming) permet de générer directement un flux JSON personnalisé depuis une fonction de l’automate traitée par l’instruction WWW dans TIA Portal.
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Du côté de WAGO, le contrôleur WAGO PFC200 exploite nativement l’environnement CODESYS sous Linux embarqué. Deux options s’offrent aux utilisateurs : la fonction CODESYS WebVisu qui transforme l’interface graphique conçue dans l’atelier logiciel en une page HTML5, ou l’utilisation de bibliothèques dédiées (comme WagoAppHTTP et WagoAppJSON) pour échanger des données brutes avec un front-end personnalisé. Certains modèles permettent même d’exécuter des conteneurs légers Docker (Node-RED) pour traiter l’affichage via des outils web spécialisés.
Chez Schneider Electric, la gamme Modicon (notamment les références M241, M251 et Schneider Modicon M262) embarque un serveur web administrable via EcoStruxure Machine Expert. Les pages de garde et les tableaux de bord natifs fournissent un accès rapide aux diagnostics du processeur et à la lecture de tables de variables via des services web HTTP/HTTPS sécurisés.
Exemples d'application sur le terrain
Sur une ligne d’assemblage automatisée, la mise en place d’un tableau de bord hébergé sur le contrôleur principal permet d’afficher la cadence de production, le nombre de pièces rejetées et l’état des sous-ensembles mécaniques en temps réel. Les opérateurs déplacent une tablette d’un poste à l’autre pour réaliser des réglages ou suivre les recettes sans devoir retourner au pupitre principal.
Autre cas classique : la gestion d’une centrale de traitement d’air dans un bâtiment tertiaire ou industriel. Le technicien de maintenance se connecte en Wi-Fi local à l’automate pour visualiser les courbes de température, ajuster les consignes et vérifier l’état des filtres à partir de son smartphone, sans nécessiter d’infrastructure informatique complexe.
Limites et contraintes de déploiement
Malgré sa souplesse, l’hébergement d’un tableau de bord sur un automate industriel impose de respecter certaines contraintes strictes.
La première contrainte concerne les ressources processeur. Le serveur web partage le temps de calcul avec le cycle d’exécution de l’automate. Un taux de rafraîchissement trop élevé (inférieur à 500 millisecondes) ou un nombre élevé de connexions simultanées peut impacter les performances globales du contrôleur.
La sécurité constitue le second point de vigilance. L’activation des protocoles sécurisés comme le HTTPS et le chiffrement TLS est impérative pour éviter l’interception des requêtes ou des identifiants sur réseau usine. De plus, il est vivement recommandé d’isoler l’accès au serveur web sur un sous-réseau dédié ou d’utiliser un segment réseau séparé pour la partie exploitation.
Enfin, la pérennité du code front-end demande une attention particulière. L’utilisation de frameworks JavaScript très lourds doit être évitée au profit d’un code HTML, CSS et JS natif, afin de garantir une compatibilité durable avec les navigateurs industriels.
Conclusion
Exploiter les serveurs web embarqués dans les automates permet de concevoir des interfaces utilisateur modernes, réactives et peu coûteuses pour l’exploitation locale. Sans remplacer les supervisions SCADA centralisées pour l’archivage long terme ou le pilotage de grands sites, cette solution offre une flexibilité appréciable pour les machines autonomes et le diagnostic de terrain. Pour réussir votre projet, commencez par valider la charge processeur et sécurisez systématiquement vos accès réseau.